La Quatrième Révolution Industrielle : Croisement des énergies vertes, des systèmes de production durables et des écosystèmes intelligents et interconnectés : sommes-nous prêts?

March 18, 2020

par Youssef TRAVALY, Vice-président du NEF

Le continent africain est à l’aube de la Quatrième Révolution Industrielle (4RI), un processus mondial profondément transformateur, qui aura un impact sur nos sociétés, nos économies et nos cultures. Les révolutions industrielles successives se caractérisent d’une part par une succession de transitions énergétiques et d’autre part par une succession de transitions technologiques. Les transitions énergétiques – Alors que la première révolution industrielle a été propulsée par des centrales au charbon, la seconde par des centrales électriques et pétrolières, la troisième par des centrales nucléaires et au gaz naturel, la quatrième révolution industrielle quant à elle sera propulsée par l’énergie verte. Les transitions technologiques – De la première à la quatrième révolution industrielle, nous avons assisté successivement à l’avènement des moteurs à vapeur, des moteurs à combustion interne, des ordinateurs et des robots et enfin de l’intelligence artificielle, de l’Internet des objets, de l’imprimante 3D et du génie génétique.

Sommes-nous prêt? Voilà une question intéressante…Pour qu’un pays puisse tirer parti de la 4RI, il doit par conséquent répondre à deux critères. Le premier se situe dans l’achèvement de sa transition vers les énergies vertes. Le second est lié à l’accomplissement de sa transition technologique lui donnant la capacité d’utiliser pleinement les technologies numériques. Jetons un coup d’œil sur quelques faits !

On constate que sur 30 pays africains sélectionnés, 16 d’entre eux utilisent plus de 50% d’énergies renouvelables dans leurs mix énergétiques et 12 d’entre eux plus de 75%, ce qui représente un résultat exceptionnel. Dans cette liste d’États se trouvent le Nigéria, l’Ethiopie, le Kenya, la Zambie, la Tanzanie et la RDC.

Sur plus de 30 pays sélectionnés dans cette étude, la part moyenne des énergies vertes s’élève à 47%, bien plus que la moyenne des pays européens sélectionnés qui atteint la moyenne 29%. Dans le cas de l’Europe, sur 25 pays choisis, seulement 4 possèdent une part de plus de 50% d’énergies renouvelables, avec la Norvège qui se hisse en tête avec 95% et le reste en dessous de 70%. Alors que les États africains sont clairement en tête dans le premier indicateur, ont les retrouvent en retard dans le second, qui inclut l’état de préparation, l’utilisation et l’accès aux technologies. Dans ce cas de figure, tant les pays développés, que ceux en voie de développement dominent en termes d’infrastructures, d’accès aux technologies et à l’éducation.

Quant à la question de savoir qui est prêt ? La réponse est clairement peu de pays le sont. Cependant, des pays comme l’Autriche, la Norvège et la Suède sont en bonne position lorsqu’on combine les deux facteurs. Toutefois, au vu de l’échelle du temps (plus de 10 ans), des obstacles (politiques et réglementations) et des coûts associés à la sortie du nucléaire par exemple, pour réussir une transition vers les énergies vertes, certains pays africains compte tenu de leurs avancées dans les énergies vertes évoqués ci-dessus ont une opportunité unique de devenir des leaders de la 4ème révolution industrielle dans les années à venir. Cela exigera de faire de sérieux investissements pour exploiter les opportunités offertes par les technologies numériques.

Comment la 4RI affectera-t-elle nos vies?

Cette transition vers l’énergie verte, prenant comme point de départ des systèmes de production durables conduit à de « nouveaux » modèles économiques, qui dans de nombreux cas sont la ré-adoption, la formalisation et la mise à niveau de modèles économiques passés ou oubliés, qui assureront un mode de vie sain, riche et équitable pour tous. Cette transformation modifiera entièrement notre approche des résultats dans tous les secteurs économiques. Par conséquent, la façon dont nous engageons nos processus de conception et de production, les politiques réglementaires, ainsi que la façon dont nous concevons ou réinventons les instruments de financement, sera cruciale. Les modèles économiques nouveaux et revisités qui contribuent à la 4RI ​​comprennent l’économie numérique, l’économie climatique (circulaire, bio-basée, à faible empreinte carbone, méthanol, hydrogène), l’économie bleue et l’économie partagée, et très probablement de nombreux autres modèles à venir. L’avènement donc de la 4RI, souvent qualifiée comme étant le plus important moteur de la croissance économique et de l’innovation, est un évènement porteur de profond changement pour le continent.

Figure 2 – Retour sur investissement attendu issu de la 4RI

 

Est-ce gratuit?

Nous avons estimé que l’Afrique avait collectivement besoin de plus de 21 mille milliards de dollars jusqu’en 2030 pour effectuer les transitions ci-dessus. Quel est le coût si aucune action n’est mise en place? Voici quelques exemples illustratifs. Le continent semble actuellement mal préparé à faire face à la cybercriminalité. Seuls 20% des pays africains ont mis en place un cadre juridique pour la cybersécurité et, en juin 2019, seulement 5 pays avaient ratifié la Convention de l’Union africaine sur la cybersécurité et la protection des données personnelles adoptée en juin 2014. En 2016, le coût de la cybercriminalité sur le continent était de 2 milliards de dollars. De plus et d’une importance cruciale, il n’existe que trois licornes technologiques en Afrique (les start-ups valorisées à plus d’un milliard de dollars). Ce fait souligne également la fragilité de nos écosystèmes de financement, de réglementation et d’innovation.

En conclusion, l’économie du futur est certes numérique, mais elle sera également circulaire, partagée et à faible empreinte carbone. L’Afrique est-elle prête pour les « nouvelles économies » afin de s’assurer qu’elle adopte pleinement le 4IR? Le continent est bien avancé étant donné l’étendue de la pénétration de l’énergie verte et les avantages associés dont le continent bénéficie déjà. Sommes-nous prêts? Probablement pas. L’accès à la technologie, son utilisation et le niveau de préparation, même si nous constatons des progrès notables, doivent rester au centre des préoccupations au cours de la prochaine décennie.

Suivez en ligne le #NEF2020 pour trouver plus de réponses à ces questions ainsi que sur notre site gg2020.nef.org


Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *