5 minutes avec Omar Cissé, PDG d’InTouch

February 28, 2020

1. Next Einstein Forum : Au vu de votre parcours, vous êtes une inspiration pour de nombreux entrepreneurs africains. Quel est le secret de votre succès ?

Omar Cissé: Je ne sais pas si on peut appeler cela un succès parce que nous avons encore beaucoup de défis à relever au quotidien. Tout au long de mon parcours, j’ai été animé par le besoin de contribuer positivement au développement de l’Afrique. Cette participation passe par l’entreprenariat, un domaine qui me passionne et qui, selon moi, est un des leviers majeurs pour créer de la richesse de manière durable et offrir des emplois décents à tous ces jeunes africains. J’ai participé à différentes initiatives, comme la création d’entreprises, d’incubateur, de fonds d’investissements, qui ne sont que des modèles pour le développement de l’entreprenariat en Afrique et qui ont certainement une contribution modeste. Mon objectif principal cependant a toujours été de montrer que c’est possible !

2. Vous faites partie des jeunes hommes d’affaires qui sont parvenus à effecteur parmi l’un des plus grosses levées de fonds au sein des startups spécialisées dans les technologies dans l’espace francophone de l’Afrique. Quelle a été votre stratégie pour réussir ?

O.C.: Nous nous réjouissons d’avoir pu bénéficier de la confiance d’investisseurs qui pensent qu’ensemble nous pouvons apporter des solutions pertinentes à des problématiques réelles en Afrique. Nous avons profité de l’accompagnement de 2 acteurs français du CAC 40 – la firme Total et la société Worldline – qui ont aussi une belle vision pour l’Afrique. La levée de fonds a été possible parce que nous avons pu, avec ces derniers, nous accorder sur cette vision commune et la manière de la mettre en œuvre. Le défi de toute entreprise, comme la nôtre, c’est d’apporter une solution à un problème identifié, de montrer son potentiel de croissance par un minimum d’historique, de s’accorder avec des investisseurs potentiels sur une vision, mais aussi sur la manière de la mettre en œuvre. Les moyens découlent finalement de tout cela.

3. Bien que la situation évolue, peu d’acteurs issus du secteur privé soutiennent financièrement l’innovation sur le continent. Pourquoi et quelles sont les mesures qui devraient être mises en place pour agrandir leur nombre ?

O.C.: Je pense en effet que nous devrions disposer de plus d’entreprises qui accompagnent l’innovation. À mon sens, ceci est dû au fait que nous ne disposions pas d’assez de champions dans nos secteurs clés d’activité. Les petites entreprises peuvent être plus facilement propulsées par des champions, ce pas uniquement dans un esprit de responsabilité sociétale des entreprises (RSE), mais surtout dans une dynamique de collaboration « business ». Nous devrions tous œuvrer pour faire naître, dans nos écosystèmes, des champions qui seront ensuite les véritables leviers pour accompagner l’innovation. Nous voyons aussi aujourd’hui de plus en plus de fonds qui s’intéressent à l’Afrique, mais très peu de pays en bénéficient. Plus de 85% des investissements dans les startups sont aujourd’hui concentrés dans 4 pays en Afrique tels que l’Afrique du Sud, l’Égypte, le Kenya, et le Nigéria. Beaucoup d’efforts sont encore à fournir pour que le financement soit plus accessible sur le continent. Pour y parvenir, nous devrions travailler davantage pour avoir plus de projets viables qui pourraient attirer ces investisseurs.

4. Lorsqu’on compare ces deux zones linguistiques, il semble que les startups ont une plus grande facilité à se développer en Afrique anglophone à l’instar du Kenya, qu’en Afrique francophone. Quels sont les facteurs qui expliquent cette différence ?

O.C.: Certes, on voit une différence de culture entrepreneuriale importante entre la zone anglophone et francophone. Cependant, ce n’est pas la seule explication. Il y a d’abord, à mon sens, une question de taille de marché. Le Nigéria, l’Égypte, l’Afrique du sud et le Kenya sont parmi les 7 pays dont la taille de la population est la plus importante en Afrique. Ensuite, il y a une question de richesse. Ces pays mentionnés sont parmi les 7 pays dont le Produit intérieur brut (PIB) est le plus important sur le continent. Après, pour un marché comme le Kenya, le développement de Mpesa a été un facteur accélérateur du développement des startups. On y trouve aussi un réel dispositif d’accompagnement des startups, ce qui attire beaucoup les investisseurs. Il s’est construit dans ces pays un écosystème favorable au développement des startups et ces dernières en bénéficient largement.


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