5 minutes sur la COVID-19 avec le Dr. Alpha Kabinet Keita, Directeur adjoint du Centre de recherche et de formation en infectiologie de Guinée (CERFIG) et Lauréat du Next Einstein Forum

December 6, 2020

Next Einstein Forum : En quoi consiste la COVID -19 et de quelle manière se différencie-t-il par rapport à la famille des autres coronavirus par exemple ?

Alpha Kabinet Keita: Il faudrait déjà changer de perspective sur la COVID-19 car il est devenu un concept qui est utilisé à tort et à travers. En effet, il s’agit d’une anagramme de l’appellation anglaise « Coronavirus Disease » Le virus dont nous parlons ici se nomme le SARS-Cov2, lequel fait partie de la famille des coronavirus qui compte 6 espèces connues. Les plus célèbres sont le SARS-CoV1 et MERS-CoV issues d’épidémies qui ont lieu en Asie et causent un syndrome respiratoire aigu sévère. Ils sont les plus pathogènes de cet ensemble de Coronavirus avec un taux de mortalité qui atteint 10% et 37% respectivement. Pour revenir au SARS-Cov2, il faut remarquer qu’en tant que virus, lequel est un parasite stricte « c’est à dire qui ne pas vivre sans son hôte » pour assurer sa survie et garantir les conditions de sa propagation, doit garder cet hôte en vie le plus longtemps possible pour permettre son passage à un autre. Concrètement, lorsqu’on compare la létalité liée à la COVID-19 ou SARS-Cov2 (moins de 1% à 15% en fonction de la catégorie de population touchée) à celle de la maladie à virus Ebola par exemple (entre 25 et 90%). Cette explication veut dire qu’il est plus facile pour le SARS-Cov2 de se disséminer en population humaine puisqu’il tue moins.

Quelles sont les différences entre la situation actuelle et les autres épidémies qui ont affecté le continent par le passé ? 

A.K.K.: Une première différence est la source de l’épidémie. Cette flambée a commencé en Chine et nous avons observé inexorablement sa propagation à travers les autres continents sans pouvoir empêcher l’entrée du virus en Afrique. Il s’agit de ce fait d’une pandémie puisque la maladie à braver les frontières pour s’établir dans plusieurs pays sur tous les continents au même moment. Une deuxième différence est peut-être le mode de transmission. Vraisemblablement, il s’agit d’une zoonose dont la transmission interhumaine se passe par voie aérienne principalement par des « gouttelettes » projetées lors d’une discussion, d’éternuements ou des toux. Qu’il s’agisse du Choléra, de la Poliomyélite qui sont des maladies liées au péril fécal ou de la maladie à virus Ebola, on peut en citer d’autres, le mode de transmission est plutôt différent. Comme évoqué dans le cas du SARS-CoV2, on sait que la transmission interhumaine se passe par voie aérienne par gouttelettes qui, selon certaines estimations, peuvent être envoyées sur une distance d’au moins 1 mètre. D’autres modes de transmission existent éventuellement. On les découvrira avec le recul après avoir analysé la masse de données qui seront recueillies pendant la pandémie.

Avec la récente crise de l’Ebola, plusieurs pays africains ont mis en place des mécanismes sanitaires pour combattre ce virus. Quelles ont été les mesures prises ?

A.K.K.: Un grand nombre de pays, dont la Guinée, ont bénéficié du soutien international pour mettre en place ou renforcer les systèmes de détection et/ou de surveillance des maladies infectieuses à potentiel épidémique. Le diagnostic de laboratoire inexistant pour certains a été mis en place et les ressources humaines ont été formées pour le bon fonctionnement de ce dispositif.

Peuvent-elles contribuer à combattre efficacement la propagation de la COVID-19 sur le continent, comme cela semble le cas en Guinée-Conakry ?

A.K.K.: Je pense que oui mais encore une fois, il ne faut pas perdre de vue qu’il s’agit d’une nouvelle flambée liée à un virus nouveau qui a ses particularités. Il faut donc pouvoir capitaliser sur les acquis des récentes épidémies de la maladie à virus Ebola, mais adapter les dispositifs issus de cette période aux réalités actuelles.

Face à la disponibilité limitée de test de dépistage du virus, que peut faire le continent ? 

A.K.K.: Les tests de diagnostic sont disponibles. Les chinois ont fait un bond considérable dans les connaissances scientifiques en virologie. En moins d’un mois, les scientifiques de ce pays ont identifié et caractérisé le virus responsable de la maladie. Les outils de diagnostic complet ont rapidement été mis au point et les tests rendus disponibles. Ce que l’Afrique doit faire, c’est de se donner les moyens, comme l’ont fait les chinois, de disponibiliser les tests de diagnostic sur le continent. Les acteurs qui les fabriquent et réfléchissent pour leur mise en œuvre ne sont pas les décisionnaires. Ce sont les politiques qui doivent les prendre pour les mettre à disposition à l’échelle du continent. 

Ce dernier a-t-il besoin de laboratoires mieux équipés pour faire des tests et des recherches ? Comment l’Afrique pourrait-elle augmenter ses capacités ? 

A.K.K.: Comme mentionné dans la réponse précédente, l’augmentation de ses capacités est entre les mains des décideurs politiques. C’est eux qui détiennent la clé pour les moyens nécessaires à disposition des laboratoires et des scientifiques pour que ces derniers puissent faire leur travail.  En gros, ce qui produisent les richesses et prennent les mesures au nom d’un pays donné, ce sont les politiques. L’Afrique regorge de ressources humaines et de compétences suffisantes. Maintenant, il faut que les acteurs publics donnent les moyens pour que cette expertise scientifique s’exprime de la meilleure des façons.


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